Conséquences du séisme: responsabilités humaines

Un an après le tremblement de terre dévastateur, les politiques ont laissé le pays en ruine.

Couverture Time 250416Cela fait un an que la maison de Ram Giri a implosé. Les tremblements de terre qui ont fait près de 9000 victimes au Népal en avril et mai 2015 ont vrillé les murs de brique de sa maison de deux pièces, projetant des débris dans ce qui avait été les pièces à vivre de la famille. Pour maintenir debout ce qui était encore solide, Giri a dépensé ses économies dans des poutres de bois pour étayer les murs. « Cela peut s’effondrer à n’importe quel moment » dit-il en regardant son village du district de Sindhupalchok, encore jonché des décombres des séismes de magnitudes 7,8 et 7,3. Autour de lui, les villageois désespérés sont toujours réduits à survivre sous de précaires bâches et des abris de tôles ondulées dont on se demande comment ils vont pouvoir résister aux orages de la prochaine mousson estivale, sans parler d’une autre secousse malheureusement probable.

On pouvait pourtant s’attendre à autre chose. Avec des dommages estimés à environ 7 milliards de dollars, l’aide internationale s’est intensifiée, les promesses de dons à ce pays terriblement pauvre atteignant 4,1 milliards de dollars. Mais l’argent destiné à la reconstruction n’a toujours pas été versé aux victimes du désastre comme Giri. Au lieu de se concentrer sur la reconstruction, le Népal s’est consumé dans une interminable bataille politique au sujet de la nouvelle constitution, en chantier depuis l’abolition de la monarchie en 2008. « Au moment où il aurait fallu se concentrer sur la reconstruction, les priorités ont été choisies en dépit du bon sens. » selon C.K. Lal, un éminent commentateur politique de Katmandou.

Le départ de la dynastie royale népalaise avait été précédé, deux ans plus tôt, par la fin de l’insurrection maoïste qui avait duré dix ans et fait plus de 10000 morts. Dans les années suivantes, deux tentatives pour rédiger une nouvelle constitution s’étaient embourbées dans des querelles politiques au sujet de la structure à donner à la toute jeune République Fédérale du Népal. Après les séismes, les principaux partis politiques du pays décidèrent d’accélérer le processus constitutionnel afin de dégager la voie pour la reconstruction. Mais c’est l’inverse qui arriva : des groupes ethniques vivant le long de la frontière avec l’Inde protestèrent que leurs intérêts avaient été laissés de côté dans la nouvelle constitution approuvée à la hâte en septembre. Alors que la colère gagnait tout le sud du Népal, plus de 50 personnes furent tuées.

Connues sous le nom de Madhesis, ces communautés ayant des liens linguistiques et culturels étroits avec l’Inde voisine ont depuis longtemps eu le sentiment d’être marginalisées par l’état népalais. En guise de protestation, elles bloquèrent la frontière pendant plus de 135 jours, laissant en souffrance en Inde, qui entoure le Népal sur trois côtés, les camions transportant l’essence et les denrées terriblement nécessaires au pays. Tandis que les tensions politiques s’exacerbaient – le Népal accusant l’Inde d’attiser les troubles , New Delhi rejetant l’accusation – la reconstruction restait en panne. « C’est la politique, pas la reconstruction, qui a dominé l’année écoulée, » affirme Prashant Jha, auteur de Batailles pour la nouvelle République : une histoire contemporaine du Népal.

Les répercussions sont évidentes dans le rapport alarmant de l’Autorité Nationale pour la Reconstruction du Népal (NRA), l’agence nationale en charge de l’effort de reconstruction. Alors qu’elle avait été proposée en juin, ce n’est qu’en décembre que la NRA a finalement obtenu son cadre légal. Et il a fallu attendre le mois de mars pour que les premiers fonds pour la reconstruction soient distribués aux victimes du séisme dans le district durement éprouvé de Dolakha. Le premier ministre du Népal, K.P. Oli a reconnu les problèmes le 29 mars en déclarant qu’« à ce rythme la reconstruction prendrait des décades », selon le Kathmandu Post.

Les craintes de nouvelles flambées de violence sont, elles, bien présentes. Les frontières ont rouvert après que les politiciens de Katmandou ont amendé la constitution pour calmer les protestations. Mais des analystes mettent en garde : les changements ne répondent pas complètement aux exigences des Madhesis, ce qui laisse la porte ouverte à de nouveaux troubles.

C’est une perspective qui remplit Giri de crainte. Avant le séisme, il gagnait près de 200 dollars par mois comme chauffeur pour un homme d’affaire local. Sa femme travaillait à temps partiel dans une ferme. Mais la ferme a été détruite par le tremblement de terre et Giri a perdu son emploi lorsque les manifestants ont bloqué l’approvisionnement en diesel du Népal. Bien que l’approvisionnement ait repris, l’essence demeure rationnée. Giri dit qu’il s’estime heureux lorsqu’il peut conduire un ou deux jours dans la semaine. Il travaille le reste du temps comme manœuvre. « A la fin du mois, nous avons 30 dollars, 40 tout au plus, pour une famille de quatre personnes, dit-il. Notre maison a été détruite. Qui sait quand le gouvernement la reconstruira ? Ils disent qu’ils vont nous donner de l’argent pour la reconstruire. Quand ? L’année prochaine ? »

Article de Nikhil Kumar paru dans le Time daté du 25 avril 2016

Traduction de Paul Robert