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Le Népal en proie à des troubles très graves

Le Népal est en proie aux troubles les plus graves qu’il ait connu depuis la guerre civile. Des bâtiments officiels, des hôtels, des habitations privées de hauts responsables incendiées, des hommes et des femmes politiques de premier plan molestés jusque chez eux par une jeunesse à bout, à bout de voir la corruption des élites et l’absence de perspective dans le pays pour elle-même.

Des images hallucinantes ont fait le tour du monde.

Nous pensons utile de vous donner ici la traduction d’un article d’un grand journal de Katmandou, l’Himalayan Times en date du 10 septembre. La situation évoluant très vite nous essaierons de répercuter ici les événements les plus importants.

Des jeunes népalais devant le parlement en flammes (source New York Times)

Article du Journal « The Himalayan Times » du 10 septembre 2025

L’armée népalaise tente de restaurer l’ordre tandis que les manifestants veulent que l’ancienne chef de la justice soit leur leader provisoire

Les soldats ont donné l’ordre à la population de la capitale de rester chez eux mercredi après que l’armée est intervenue en force au cours de la nuit pour mettre fin à deux jours de troubles sanglants qui ont provoqué la chute du gouvernement tandis que les manifestants mettaient le feu à plusieurs bâtiments.

Des représentants des manifestants ont rencontré des responsables militaires au quartier général de Katmandou pour discuter d’une transition politique, plusieurs d’entre ces représentants soutenant l’ancienne juge en chef, la très populaire Sushila Karki.

C’est une tentative, vite avortée, du gouvernement de couper l’accès aux réseaux sociaux qui a mis dans la rue, lundi,  des milliers de protestataires entraînant une répression au cours de laquelle des policiers ont ouvert le feu. Les manifestations sont montées d’un cran mardi avec des attaques de bâtiments gouvernementaux.  Le bilan des violences s’élève à 25 morts et 633 blessés.

Les manifestations ont conduit le Premier Ministre Khagda Prasad Oli à démissionner mardi. Le Président  Ram Chandra Poudel lui a demandé de diriger un gouvernement de transition en attendant qu’un nouveau gouvernement puisse être mis en place. Mais Oli s’est enfui de sa résidence officielle et l’on ignore où il se trouve.

Rehan Raj Dangal, un représentant des manifestants a déclaré que son groupe avait proposé aux dirigeants de l’armée de demander à Karki de prendre la tête d’un gouvernement provisoire. Karki est la seule femme à avoir rempli la fonction de juge en chef à la Cour Suprême en 2016 et 2017 et a été une figure très populaire.

Cependant, d’autres manifestants dans la foule qui s’était rassemblée devant le quartier général de l’armée étaient opposés au choix de Karki.

Les troupes armées ont pris le contrôle des principales zones de Katmandou, et ont restauré un semblant d’ordre après la violence et le chaos des jours précédents. Des soldats contrôlaient  les véhicules et les gens et ont demandé aux habitants de rester chez eux.

Il est rare que l’armée soit mobilisée au Népal et les soldats étaient dans un premier temps restés dans leurs casernes  alors que la police ne parvenait pas à contenir les manifestations et que la situation échappait à leur contrôle.  Tard dans la journée de mardi, les forces de sécurité ont commencé à se mobiliser, en déclarant qu’elles s’engageaient à préserver la loi et l’ordre.

Mercredi, des soldats ont réprimé une tentative d’évasion dans une prison du centre de Katmandou.  Des détenus de la principale prison avaient maîtrisé des gardiens, mis le feu à des bâtiments et essayé de s’échapper. Les soldats ont tiré en l’air, ont appréhendé les détenus qui s’enfuyaient et les ont transférés dans d’autres prisons sans faire aucun blessé.

Colère contre l’interdiction des réseaux sociaux

Les manifestations – surnommées le soulèvement de la Gen Z – ont commencé après que le gouvernement a bloqué des plateformes de réseaux sociaux, dont Facebook, X et YouTube, sous prétexte que ces firmes avaient omis de s’enregistrer et de se soumettre à la surveillance du gouvernement.

L’interdiction a été levée mardi mais les manifestations ont continué, alimentées par la colère provoquée par la mort de 19 manifestants attribuée à la police, et ce malgré les promesses du gouvernement de mener une enquête sur ces morts.

Les manifestations se sont amplifiées, exprimant un mécontentement plus large. De nombreux jeunes enragent de voir les enfants des leaders politiques – les « népo-kids »- jouir d’une vie luxueuse et de nombreux avantages tandis que la plupart des jeunes ont du mal à trouver du travail.

Avec un taux de chômage des jeunes à 20% l’an dernier, selon la Banque Mondiale, le gouvernement estime que plus de 2000 jeunes quittent le pays chaque jour pour chercher du travail au Moyen-Orient ou en Asie du Sud-Est.

Des leaders politiques, des bâtiments publics et des résidences privées ont été visés

Des vidéos partagées sur les réseaux sociaux montrent des manifestants en train de tabasser le leader du parti du Congrès népalais Sher Bahadur Deuba et sa femme, Arzu Rana Deuba, l’actuelle ministre des Affaires étrangères. On les voit tous deux en sang. Sur une autre vidéo on voit le leader du parti être mis en sécurité. Le parti du Congrès est le plus important du pays et fait partie de la coalition gouvernementale.

Les manifestants ont aussi mis le feu au bâtiment  du Parlement, à la résidence présidentielle, au secrétariat central qui héberge les bureaux du premier ministre et des ministères clés, ainsi qu’à la résidence officielle du Premier ministre.

Mercredi de la fumée s’élevait encore de ces bâtiments.

Le bâtiment des publications Kantipur, l’organe de presse le plus important, a aussi été incendié et endommagé. Des salles d’exposition de voitures ont été incendiées et des véhicules brûlés parsemaient les rues.

La tentative du gouvernement de contrôler les réseaux sociaux

La violence a été déclenchée par la tentative du gouvernement de contrôler les réseaux sociaux avec un projet de loi visant à s’assurer que les plateformes « sont correctement gérées, responsables et capables de rendre des comptes. »

La proposition a été largement considérée comme un outil de censure, conçu pour punir les opposants au gouvernement qui exprimaient leurs protestations en ligne.

Le projet de loi demandait aux firmes de nommer un bureau de liaison ou un point de contact dans le pays. Les groupes de défense des droits y ont vu une tentative du gouvernement de limiter la liberté d’expression et les droits fondamentaux.

La demande d’enregistrement s’appliquait à environ deux douzaines de réseaux sociaux largement utilisés au Népal. Ceux qui ne s’étaient pas conformés à cette demande avaient été bloqués la semaine dernière, à l’exception de TikTok, Viber et de trois autres plateformes qui n’ont pas subi d’interruption.

 

 

Inondations exceptionnelles (octobre 2021)

Une route effondrée suite à un glissement de terrain

Le bilan de la mousson était déjà lourd cette année. Des pluies exceptionnelles sont venues frapper le Népal le 19 et le 20 octobre, bien après la fin habituelle de la mousson, provoquant des inondations  et des glissements de terrain.  On déplore 77 morts et 26 disparus. Les dégâts matériels sont  aussi très importants: routes effondrées, centrales hydroélectriques endommagées, récoltes détruites.  L’origine de ce phénomène inhabituel est attribuée au réchauffement climatique. La déforestation et la construction de nombreux barrages ne font qu’en aggraver les conséquences.

(source Kathmandu Post du 21 octobre 2021)